ASHES TO ASHES

Il fait sombre. La pierre est froide. J’entretiens la flamme mais elle ne réchauffe plus rien. J’ai peur qu’elle s’éteigne, je me sens responsable de ce qui reste du feu. La maison est vide. Il n’y a plus de vie ici, les meubles prennent la poussière, tout est gris. Je pensais être seule responsable de ce foyer, je pensais être la vie qui entretenait la joie mais plus rien n’existe alors que je suis encore là. Je me suis trompée. Sans le souffle rassurant de celui qui venait de dehors, il n’y a plus de foyer. Ma main moite s’accroche au métal tiède du tisonnier. Mes yeux me brûlent et les larmes irritent mes joues. Je devrais poser les armes, laisser s’éteindre les dernières lueurs mauves. Il faudrait que je sorte de cette maison, que je m’enfonce dans la forêt et que je marche jusqu’à l’aube pour faire face au soleil, le cœur barbouillé de cendres. Je devrais.

Vendredi, 28. janvier 2011 12:58 | Auteur:Zora | Catégorie: Non classé | Commentaires (3)

ALL BUTTONS ARE SOLD OUT

Il y avait beaucoup trop de monde dans le bar
il s’est assis à côté de moi
pour éviter de se faire bousculer
Il jouait avec un bouton
qu’il tournait entre ses doigts.
Je faisais le pitre un peu.
Ca l’a fait rire.
Nos épaules se sont touchées
Nos corps se sont détendus
Imperceptiblement
On est descendus sur la banquette,
De plus en plus bas
Presque couchés
Le bar, les gens autour,
nos verres et nos cigarettes
La musique forte
Tout était là
Je lui ai dit la seule chose qui nous manque
C’est une couette

Lundi, 18. octobre 2010 16:54 | Auteur:Zora | Catégorie: Non classé | Commentaires (0)

OLD YEAR’S NIGHT

Il a dit j’ai envie de te mordre et je n’attendais que ça.

Samedi, 14. août 2010 16:40 | Auteur:Zora | Catégorie: Non classé | Commentaires (0)

ABSORPTION

Ma peau est de plus en plus chaude mais j’attends encore un peu. Je vais finir ce chapitre avant. Le creux de mon dos est en sueur et je suis légèrement excitée par le rayon pénétrant du soleil. J’ai toujours trouvé que c’était un concept recevable que de faire l’amour avec le soleil. Je n’ai qu’un pas à faire. Quand je me redresse, tout est blanc, je frôle le malaise par cette chaleur. Le granit picote la plante de mes pieds, je me laisse tomber la tête la première. D’abord le son de la longue explosion de l’eau froide qui contracte ma peau. Je ne bouge pas, je me laisse couler. Je n’ai plus aucun souvenir de la chaleur. Tout ce qui reste du soleil, ce sont ces hypnotiques motifs mouvants sur la mosaïque bleue du fond. La conscience transie enveloppe mon corps entier, mon cuir chevelu, l’intérieur de mes oreilles, ma nuque, mes reins, mon bas-ventre, mes cuisses, le creux de mes genoux, la peau entre mes orteils, les battements de mon sexe et de mon cœur et ma respiration bloquée. Je touche le fond. Je le caresse, je joue avec les ombres mobiles. Il va falloir que je respire bientôt mais j’attends encore un peu. Ma poitrine gonfle, elle ne va pas tarder à faire mal. J’exprime tout l’air dans la remontée. Quand j’ouvre les yeux, le ciel est nuageux, je reste flotter un peu, j’écoute le silence des arbres aux alentours et le son des quelques gouttes qui retombent dans l’eau après s’être accrochées au bord de la piscine.

Vendredi, 13. août 2010 16:41 | Auteur:Zora | Catégorie: Non classé | Commentaires (0)

DRUNKEN SAILOR

C’est à Vlissingen. Nous avions passé une grande partie de la journée à marcher sur la plage. Il était parti faire des photos et je m’étais isolée dans les dunes pour regarder la mer. On en avait un peu marre de la journée et j’avais très envie d’un apéritif. La ville nous paraissait moche et froide. Au vieux port, il y avait ce petit bar. Je m’y suis sentie bien. Ils faisaient de la soupe de poissons à 3€. Cette photo est dans mon salon et il suffit que je la regarde pour me souvenir pourquoi j’aime tant les bars. Je voulais rester dans cette atmosphère chaleureuse, avec le bruit des verres et la solitude des hommes qui auraient pu être marins.

Mardi, 27. juillet 2010 17:06 | Auteur:Zora | Catégorie: Non classé | Commentaires (2)

SIT UP STRAIGHT

Petite, j’étais tellement amoureuse de Stefan
que ma colonne vertébrale prenait la forme
de la première lettre de son prénom
La tête en bas
On me suspendait par les pieds

Dans la pièce à côté, j’entendais ma mère et le kiné
Parler
Comme un porcelet à découper
Pour redresser l’échine

Mardi, 13. juillet 2010 10:47 | Auteur:Zora | Catégorie: Non classé | Commentaires (0)

FORGET-ME-NOT

Ma grand-mère fumait deux paquets de cigarettes par jour et se maquillait tous les matins. Une fois par semaine, elle allait chez la coiffeuse. Elle avait de longs ongles vernis qui me griffaient parfois quand elle me déshabillait pour le bain. Je ne sais pas grand-chose sur sa vie de femme parce que j’étais trop jeune quand elle est morte. Quand j’arrivais, elle disait bonjour ma petite poupée et encore aujourd’hui, ça me fait quelque chose quand un garçon m’appelle poupée. Elle ne faisait pas trop de gâteaux et tricotait devant la télé. C’est elle qui gérait la maison pendant que mon grand-père réfléchissait à l’une ou l’autre entreprise foireuse qu’il allait mettre en pratique les mois suivants. Elle n’était pas très émotionnelle. Quand le chat est mort, mon grand-père et moi on pleurnichait à la table de la cuisine et elle tournait autour de nous en nous engueulant.
Un soir, on avait regardé un film de kung fu et elle m’a surprise dans la cuisine en faisant semblant de m’attaquer en faisant HAN ! dans son long peignoir en peluche.
Elle est morte dans une ambulance. Le type nous a dit qu’elle avait un sourire aux lèvres le moment venu.

Dimanche, 27. juin 2010 14:34 | Auteur:Zora | Catégorie: Non classé | Commentaires (0)

SONG FOR THE ASKING

On traînait tranquille à la terrasse du bar à dire du mal des gens, enfin à être critiques quand un vieillard s’est approché de notre table. C’était un alcoolique à coup sûr, je me suis demandé s’il n’était pas sans-abri. Il était abîmé, tremblant. Il nous a demandé d’une petite voix douce où était la rue Américaine et puis il a dit dans un soupir, les bras ballants, je me suis perdu. On lui a indiqué le chemin et très vite, il s’est rendu compte qu’en fait il savait où il était alors il a eu les yeux qui se sont mis à briller. D’emblée j’avais envie de le prendre dans mes bras, d’emblée je me suis sentie con de me dire qu’est-ce qu’il veut celui-là quand je l’ai vu venir vers nous. Il était doux et me donnait envie de le protéger. Il s’est éloigné et puis avant de disparaître au coin de la rue, il s’est retourné vers nous et nous a fait un petit signe d’émotion et de soulagement d’avoir retrouvé sa route. Je me demande parfois ce qui me fait basculer du plus pur mépris citadin au plus profond attendrissement.

Jeudi, 10. juin 2010 16:36 | Auteur:Zora | Catégorie: Non classé | Commentaires (4)

HOMEWARD BOUND

Je faisais l’aller retour à Londres une fois par mois pour le voir. Il n’y avait pas d’Eurostar à l’époque. Je prenais le train vers Ostende et de là je prenais le ferry ou l’Hovercraft jusque Douvres. Puis il y avait un train jusque Victoria Station. Il ne venait jamais me chercher à la gare alors je prenais le métro. J’ai quelques bons souvenirs de ces week-ends passés avec lui. Les sushis du métro de Picadilly, sa chambre d’étudiant avec son lit une place, la cornemuse d’un voisin qui me réveillait le dimanche matin, l’air frais sur ma peau nue et l’odeur de ses cheveux, les superettes ouvertes la nuit et les rues de Londres main dans la main. Mais ce qui me reste essentiellement, c’est les voyages. La solitude des trains et les livres et la musique dans mon walkman. Quand j’écoute Simon and Garfunkel, ça me remet immanquablement dans cette ambiance, ça me rappelle les paysages, mon corps affalé sur les banquettes inconfortables, les annonces du conducteur et son flegme britannique, le désir dans mon corps, l’expectative à l’aller et la fatigue et la joie de rentrer chez moi au retour.

Dimanche, 30. mai 2010 12:26 | Auteur:Zora | Catégorie: Non classé | Commentaires (2)

RESURRECTING CORPSES

Elle est dans un linceul comme les morts mais elle est pas morte. Oui, elle est blanche comme un cadavre et ridée et ses yeux sont noirs et creux. Elle fait peur à se redresser comme ça subitement en criant Une aile ! de sa voix aigue et chevrotante. Elle est condamnée depuis des siècles à se redresser comme ça pour déclamer le même texte ancien avant de se recoucher. Elle a l’air malheureuse. On l’a trouvée chez un vieil antiquaire et on est venu pour la filmer. J’étais terrorisée et pourtant, je lui ai pris la main. Elle était chaude.

Lundi, 24. mai 2010 15:35 | Auteur:Zora | Catégorie: Non classé | Commentaires (0)